Accueil Anxiété Comprendre l'anxiété chez les personnes autistes : un lien étroit avec l'autisme

Comprendre l'anxiété chez les personnes autistes : un lien étroit avec l'autisme

8 juillet 2024
Rédigé par Inès Mouldi Inès Mouldi
Vérifié par Inès Mouldi Inès Mouldi

Selon les données de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, environ 700 000 personnes en France sont touchées par le trouble du spectre de l'autisme, 600 000 d’entre eux sont adultes. Il convient de souligner que l'attention médiatique et les informations disponibles se concentrent généralement sur les jeunes autistes. Cependant, ces individus continuent à vivre avec leur TSA au fur et à mesure qu'ils grandissent. Et indépendamment de l'âge de ces sujets, ils sont tous fortement exposés au risque de développer des troubles anxieux.

Qu'est-ce que l'anxiété chez les personnes autistes ?

Le trouble du spectre autistique est défini par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, comme une condition neurodéveloppementale permanente qui se caractérise par des déficits au niveau de la communication sociale associée à des comportements répétitifs et restrictifs.  D’après Rodgers et Ofield (2018), 50 % des sujets présentant un TSA souffrent d’anxiété, et ce, quel que soit leur âge. Ces chercheurs avancent également que les troubles anxieux ne se manifestent pas de manière classique chez cette population. 

Comment se manifeste l’anxiété chez les autistes ?

Parmi la liste des symptômes anxieux fréquemment observés chez les sujets autistes, il y a :

  • Une tension psychique,
  • De l’agitation,
  • De la colère,
  • Un accroissement de la sensibilité sensorielle,
  • Une confusion sociale et des interactions négatives avec les autres,
  • Une alexithymie, ou une difficulté à comprendre ses émotions,
  • Une augmentation des gestes et des activités stéréotypés et répétitifs.

Il est d’ailleurs, important de noter que les études scientifiques continuent encore à explorer la spécificité de la manifestation de l’anxiété chez les sujets autistes.

Quelles sont les conséquences de l’anxiété sur la vie de la personne autiste ?

Les recherches scientifiques visent à développer des outils de diagnostic, car ceux destinés aux personnes neurotypiques ne sont clairement pas adaptés. Or, justement le fait de pouvoir facilement repérer l’apparition des angoisses est capital, car contrairement à l’autisme, ces manifestations psychiques sont traitables via des thérapies et des astuces que nous développerons dans les autres sections de cet article.

Dans le cas où il n’est pas pris en charge, les conséquences émotionnelles et sociales ainsi que les symptômes du trouble neurodéveloppementale ne peuvent que s’amplifier, restreignant encore plus les activités de la personne et sa communication avec les autres. Nous pouvons même observer au bout d’un moment l’installation d’une dépression sévère et un risque élevé de tentatives de suicides.

Les causes de l'anxiété chez les personnes autistes

Les facteurs déclenchants l’anxiété chez les personnes autistes sont très nombreux. Certains sont liés aux particularités même du fonctionnement de ces sujets. D’autres, sont dûs à des causes externes.

Facteurs internes

Les études sur les personnes autistes ont révélé diverses données qui peuvent expliquer l’apparition de l’anxiété. Nous pouvons en citer :

  • Une morphologie cérébrale différente : Herrington et ses collaborateurs (2017) ont mené une recherche à utilisant l’IRM pour explorer des éventuelles différences au niveau du cerveau entre les sujets anxieux neurotypiques, ceux qui ont uniquement un TSA, et ceux qui ont un trouble autistique concomitant avec de l’anxiété. Ils ont découvert que les autistes anxieux ont tous une amygdale au volume réduit.
  • L’alexithymie : cette incapacité à identifier ses émotions est un symptôme présent chez 65 % des personnes autistes. Maisel et ses collègues chercheurs (2016), ont déterminé son impact indéniable sur l’émergence de l’anxiété.
  • La sensibilité sensorielle : le fait que la perception des bruits et de tous les stimuli externes diffère de celle de la population neurotypique place les individus avec TSA dans un cadre hautement anxiogène. Cela rend difficile le quotidien et peut même générer des phobies.
  • Les difficultés de communication : à cause d’un déficit de la théorie de l’esprit, les autistes ne peuvent pas comprendre ou déduire les pensées et les sentiments de leurs interlocuteurs. De plus, ils ont beaucoup de mal à assimiler et à adhérer aux règles sociales et aux attentes de leur entourage. Ceci provoque une irritabilité et des angoisses considérables. En plus, cela renforce l’impression d’incompétence.
  • Le camouflage social : en réaction à la frustration susmentionnée, les sujets autistes vont essayer de cacher leurs différences aux autres, afin de bien s’adapter dans leur milieu familial, amical ou professionnel. Ils mettent une énergie folle à cette fin et ceci les place face à des pressions très importantes qui risquent de déclencher un trouble anxieux.

Facteurs externes

Pour ce qui est des éléments dans l’environnement social / matériel et qui risquent de déclencher de l’anxiété chez la personne autiste, il y a le changement des repères ou des routines. En effet, les autistes aiment qu’il y ait une immuabilité dans le quotidien afin de ne pas se sentir perturbé. Il faut comprendre qu’ils ont une intolérance accrue à l’incertitude et une tendance à réagir négativement quand ils sont face à des situations nouvelles, inconnues ou floue pour eux, et ce, même si celles-ci sont positives.

Par ailleurs, certains évènements sociaux peuvent se révéler extrêmement stressants. Les visites chez le médecin et les autres rendez-vous importants, par exemple, peuvent être une source de pression très difficile à tolérer et à gérer.

Stratégies pour gérer l'anxiété chez les personnes autistes

Il existe diverses méthodes qui favorisent l’apaisement chez les sujets autistes souffrant d’anxiété. Certaines peuvent être mises en place à la maison sans accompagnement, d’autres nécessitent l’intervention d’un professionnel.

  • Les techniques de relaxation : les massages et la respiration abdominale peuvent être intégrés dans la routine quotidienne du sujet afin de favoriser la réduction de l’impact des pressions ressenties sur sa qualité de vie.
  • Une bonne hygiène de vie : la pratique sportive est hautement recommandée aux personnes avec TSA qui développent de l’anxiété. Il faut aussi savoir que des nuits réparatrices sont un objectif, cependant, la qualité de sommeil des autistes est malheureusement naturellement moins bonne que celle des sujets neurotypiques. Ceci s’explique, en partie, par une perturbation dans la production de la mélatonine. Une supplémentation en cette molécule associée à des rideaux parfaitement opaques et à une tentative de diminuer au maximum tout type de stimuli durant les heures d’endormissement peuvent aider.
  • Le renforcement de l’estime de soi : cela peut passer par une prise de conscience des stratégies de camouflage social et par leur réduction. Il est aussi préconisé de faire des activités qui permettent de mettre en exergue certaines compétences spéciales et qui vont booster ainsi la confiance en soi. Il y a des autistes qui ont une oreille musicale exceptionnelle, d’autres sont plutôt doués en échec… Il faut trouver l’habileté que l’individu maîtrise et la fructifier.
  • La zoothérapie : le fait d’interagir avec un chien, un cheval, voire un dauphin, aide les enfants autistes, mais également les adultes. En effet, cela a été démontré scientifiquement. Quelques chercheurs appuient l’hypothèse selon laquelle les animaux jouent le rôle de catalyseurs qui vont rendre la personne plus encline à communiquer avec son environnement social.
  • La pleine conscience : Cachia et ses collaborateurs (2016) ont réalisé une revue de la littérature très intéressante. Ils en ont conclu que la méditation est une approche à envisager auprès des individus ayant un trouble autistique pour sa capacité à générer du bien-être.
  • La thérapie cognitivo-comportementale : il s’agit d’une des méthodes thérapeutiques les plus conseillées. Comme le soulignent Maskey et ses collaborateurs (2014), elle l’est d’autant plus si elle utilise la réalité virtuelle afin de désensibiliser les patients face à certains évènements ou objets spécialement anxiogènes.

L'importance du soutien familial et professionnel pour la gestion de l'anxiété chez les personnes autistes

Même si les principaux soucis des autistes, ce sont leurs difficultés communicationnelles et sociales, ces personnes ont indéniablement besoin de soutien, et ce, quel que soit leur degré d’autonomie.

Le rôle des proches dans la compréhension et le soutien de l'anxiété

Les études sur le besoin de support des personnes autistes souffrant d’anxiété démontrent que ce sont les parents et parfois la fratrie qui représentent le meilleur soutien pour les patients. Par ailleurs, lorsqu’il se met en couple, le sujet ayant un TSA, trouve généralement en son partenaire une épaule sur laquelle il peut se reposer et cela lui permet de renouer avec le bien-être.

En ce qui concerne les amis, ils sont communément considérés comme rarement sécurisants. Dans les témoignages, les autistes rapportent souvent que les personnes neurotypiques devraient être mieux informées sur leur trouble afin qu’elles puissent se comporter naturellement à leur côté. Cela permettrait de diminuer considérablement les tentatives de camouflage et l’anxiété.

Pour ce qui est des pairs présentant le même trouble, ils sont vivement recherchés et hautement appréciés. Ils permettent à la personne de se sentir acceptée et à l’aise, mais les rencontres constituent aussi une occasion pour échanger des conseils avec des gens qui vivent des situations similaires. Cela contribue efficacement à réduire les angoisses.

L'importance d'une approche adaptée dans l'éducation et les services aux personnes autistes anxieuses

Quand il s’agit de l’enseignement, de la prise en charge médicale ou de l’accompagnement social des sujets autistes présentant de l’anxiété, Il est crucial d’adapter les espaces d’accueil et les approches. Parmi les dispositions qu’il est recommandé de prendre, il faut :

  • Utiliser des supports visuels : l’élaboration d’un planning visuel pour que le sujet puisse anticiper le cours ou les rendez-vous est essentiel pour réduire au maximum l’intolérance à l’incertitude et les angoisses.
  • Epurer le cadre : il est conseillé de fixer les séances à des moments où le service ou le cabinet est presque vide pour éviter le bruit et la foule. S’il s’agit d’un environnement éducatif, il faut qu’il y ait un petit nombre d’élèves ou d’étudiants.
  • Habituer le sujet autiste à l’espace : il est possible de lui suggérer de visiter l’école, l’université, le bureau, le cabinet ou la structure avant le début des cours ou de la prise en charge. Il peut même prendre des photos pour bien garder le cadre en mémoire.
  • Bien organiser le lieu : il est important de parfaitement décomposer l’espace de sorte que chaque activité se déroule dans un coin déterminé, et ce, afin de favoriser le bien-être.
  • Recourir un vocabulaire clair et simple : donner le cours ou décrire l’atelier ou l’examen de manière explicite est important pour garantir la compréhension et rassurer la personne.
  • Accorder des pauses, si besoin : au cas où l’apprenant ou le patient manifeste son malaise, il est préconisé de l’autoriser à prendre l’air.

Ressources utiles pour les personnes autistes anxieuses et leurs proches

Découvrons une sélection des meilleures ressources disponibles en France et dédiés aux sujets autistes et anxieux.

Les centres et les associations

En France, plusieurs législations organisent les secteurs médical et médico-social, qui sont spécialisés dans l’accompagnement des personnes autistes. Elles permettent la création et la supervision des espaces qui encadrent ces sujets.

Parmi les centres les plus populaires et connus pour leur formidable implication dans l’encadrement de cette population, lorsqu’elle est jeune, il y a : le CAMSP, le CMPP, les ULIS, l’IEM et l’ITEP. Les adultes, eux, peuvent se diriger vers l’ESAT, le CPR/CPO, le SAMSAH, le SAVS, la MAS, le FAM, le FH…

Pour les associations qui sont les plus réputées, il y a Autisme France, Association Asperger Aide France, Sésame Autisme, EgaliTed…

Les livres

Nous recommandons le coffret, dédié aux personnes ayant un TSA, et qui a été conçu par La Clé des Champs, un organisme canadien de soutien aux sujets souffrant d’anxiété. Ce dernier comprend un Cd, 2 films et 5 documents, dont un portant sur l’émotivité, un autre sur l’estime de soi et un cahier d’exercices.

Pour les enfants qui ont un autisme à haut niveau, nous conseillons l’ouvrage du Dr Tony Attwood, Explorer les sentiments : l’anxiété, 

Les sites Internet spécialisés

Les forums et autres sites Internet sont nombreux. Voici quelques-uns parmi ceux que nous recommandons :

  • Autismes Info Service : cet espace est national et gratuit. Il propose l'écoute, l'information et l'orientation des personnes ayant un trouble du spectre de l'autisme et de leurs proches.
  • Deux minutes pour mieux vivre l’autisme : il s’agit d’un site qui présente de multiples conseils et astuces pratiques pour accompagner les aidants d’enfants autistes.
  • Communoutils : c’est une plateforme pédagogique et ludique, dédiée à la fratrie des sujets ayant un handicap.

Conclusion

L’anxiété chez les personnes autistes représente une réalité indéniable. Les recherches actuelles explorent les aspects spécifiques de son expression chez ces individus. Due à des causes internes et externes, elle est omniprésente et elle impacte profondément le quotidien et la qualité de vie, exposant le sujet à d’autres pathologies mentales. Des approches variées, allant de la thérapie cognitivo-comportementale à la zoothérapie en passant par la respiration abdominale et la méditation pleine conscience, comptent parmi les pistes qui favorisent le bien-être. Le soutien familial et l’adaptation de l’approche éducative ou de prise en charge des sujets avec TSA sont également des éléments fondamentaux pour lutter contre les troubles anxieux.

Comprendre l'anxiété chez les personnes autistes : un lien étroit avec l'autisme
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